Une capacité d'absorption du trafic à long terme
Les experts divergent quant à la probabilité et à la date de l’éventuelle saturation de la ligne actuelle, une divergence qui démontre à elle seule l’incertitude d’un tel pronostic.
Déjà, en 2006, deux cabinets suisses (SMA et ProgTrans) avaient apporté au débat public une étude démontrant qu’il n’y aurait pas de saturation des voies existantes entre Bayonne et la frontière en 2020, contrairement à l’hypothèse de départ de RFF et donc contrairement au postulat de départ du débat public.
En 2009, un rapport élaboré par le cabinet indépendant Citec va plus loin en affirmant que la voie existante ne sera pas saturée, même en 2050, et qu’elle aura la capacité d’absorber les augmentations de trafic les plus optimistes de RFF en matière de fret. L’étude affirme que « la ligne actuelle ferroviaire reliant Bayonne à Hendaye n’est pas saturée et, moyennant un certain nombre d’aménagements, elle pourra supporter techniquement l’ensemble du trafic prévu durant près d’un demi-siècle ».
En 2011, le rapport du CGEDD avance la période 2030/2035 comme « possible » pour la saturation mais entoure cette prévision de précautions : « compte tenu des aléas de la conjoncture économique, la date à laquelle cette saturation sera effective est difficile à prévoir ». Tout en soulignant ces incertitudes, le CGEDD conclut en recommandant la poursuite des études et des acquisitions foncières pour un saturation prévue dans 25 ans ! Qui sait ce que seront devenus nos modes de transport d’ici là…
La capacité réelle de la ligne ne fait pas non plus consensus. Selon le cabinet Citec, la ligne actuelle pourra présenter, moyennant quelques aménagements, un capacité totale de 320 trains par jour. Il faut préciser que les estimations du Citec prennent en compte les contraintes habituelles : 20% de trafic maximum pendant la nuit, 4 heures pleines de nuit sans aucun train, plages de respiration pour des sillons de remplacement en cas de problème d’exploitation, etc.
Le CGEDD avance dans son rapport le chiffre de 250 trains maximum suite à l’amélioration de la signalétique. Bien qu’il s’en défende, l’organe ministériel se rapproche ainsi des estimations du CITEC. Très concrètement, RFF table sur un besoin maximum de 180 trains de fret par jour en 2035 (deux sens confondus) entre Bordeaux et Dax. Même en supposant que les 180 trains empruntent le tronçon Bayonne-frontière, la ligne disposera encore d’une réserve importante en dehors du fret - de 140 trains selon le CITEC et 70 selon le CGEDD - qui permettra d’absorber sans problème l’augmentation du trafic voyageurs.
Et le cabinet Citec de conclure « la ligne ne constitue pas le goulet d’étranglement du réseau transfrontalier franco-espagnol. […] Les résultats sont suffisamment clairs pour permettre d’affirmer que tous les trains se présentant aux portes de la ligne pourront y circuler ».